D'un prieuré fondé dans une vallée de sources et d'étangs à un château dont il ne reste qu'une photo. Quinze siècles en quelques étapes.
Une communauté de moines s'installe dans la vallée du Beugnon, un « désert » de sources, d'étangs et de plantes comestibles et médicinales. Saint-Ours, chargé d'évangéliser le Berry, s'arrête pourtant là : il y fonde un prieuré et un moulin, sans doute celui de Vallière, puis repart vers Loches où il crée un monastère.
Il confie les lieux à son disciple, le futur Saint-Leubais, qui y meurt en 540. La communauté, elle, reste et se développe.
Le nom apparaît chez Grégoire de Tours sous la forme Seneparia : « le lieu où pousse le sénevé ». Cette fleur jaune à petites graines, cultivée par les moines, servait à fabriquer de la moutarde.
Le mot se déforme au fil des siècles (Sinapariae, Seneveriae en 1242, Seneviers, Seneveres en 1358) avant de se fixer au XVIIIe siècle.
Contre le monastère, devenu assez important, on bâtit une église. Sa nef et son clocher romans tiennent encore debout : l'extérieur a peu bougé depuis, à part des contreforts ajoutés aux XIVe–XVe siècles.
Une nef simple, primitivement couverte d'une charpente lambrissée en berceau, ouvre sur un chœur plus étroit voûté en arc de cloître, qui porte en porte-à-faux la tour de pierre ; suit une courte travée voûtée en berceau, terminée par une abside en cul-de-four. L'intérieur de la nef a été très remanié, avec des fenêtres percées au XIXe siècle.
Le clocher est une tour carrée, portée sur l'arc triomphal côté ouest et en porte-à-faux sur la voûte du chœur pour les autres faces. Elle est percée de baies en plein cintre à deux archivoltes concentriques, et se termine par une corniche à modillons en forme de têtes humaines, surmontée d'une flèche octogonale dont les angles portent les lucarnes typiques des édifices romans de la région.
Menacés par les bandits de grand chemin et par des seigneurs peu scrupuleux, les moines demandent au seigneur Geoffroy de venir les protéger. Il bâtit la première forteresse sur une hauteur dominant le monastère, l'église et le moulin, à environ un kilomètre de la communauté.
Le lieu valait cette protection, et cette surveillance : le monastère vivait de ses cultures, de ses élevages et de son moulin.
Le château passe à Renaud Ier. Son nom entre dans l'histoire en 1146 : il rejoint la deuxième croisade vers Jérusalem, menée par le roi Louis VII et son épouse Aliénor d'Aquitaine.
On le compte aussi parmi les principaux donateurs de l'abbaye de Beaugerais, construite à partir de 1147 et aujourd'hui en ruines à Loché-sur-Indrois.
Le fief change de mains par mariages, héritages et dettes : les Payen, les Menou, les Tranchelion, puis les Grateloup. Gabriel de Tranchelion devient baron de Sennevières en 1582, par la volonté d'Henri III.
Le dernier seigneur du fief sera François du Mouchet (1731-1823), évêque de Digne.
La forteresse aurait été détruite vers le milieu du XVIIe siècle, sous Louis XIII. Un château la remplace au XVIIIe, la Haute Maison de Rochefort. Après la Révolution, sa trace se brouille.
Les versions divergent : vendu à des particuliers, laissé à l'abandon, tombé en ruines. Une rumeur veut qu'un propriétaire l'ait incendié à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, pour que sa fille n'en hérite pas.
On y distingue, à gauche, une tour ronde dans le style du XIIIe siècle.
La Révolution efface le fief et invente la commune. En novembre 1792, François Dabin signe les premiers actes comme officier public. Les années suivantes sont mouvantes : Dalomar est maire de juin 1794 à novembre 1795, et des agents municipaux se relaient au rythme du calendrier républicain, parfois pour quelques semaines seulement.
Puis la mairie se stabilise entre les mains de De La Fouchardière, cité dès la fin de 1794 et en fonction jusqu'en septembre 1831 : trente-six ans.
Sur les registres, d'autres agents ont signé à la place du maire :
Sous le maire Alizon (1831-1837), l'église Saint-Leubais est en si mauvais état qu'elle est interdite au public. Pour le culte, la commune est liée à sa petite voisine de Saint-Germain. Le maire propose donc au préfet de réunir les deux communes : on vendrait l'église de Saint-Germain pour payer les travaux de Saint-Leubais.
Saint-Germain prend les devants pour garder la sienne et demande sa fusion avec Saint-Jean-sur-Indre : c'est fait en 1834. Les deux villages n'en forment plus qu'un, Saint-Jean-Saint-Germain.
Après Alizon, le nom des De la Fouchardière revient pour vingt-quatre ans. Suivent des mandats courts, entrecoupés d'adjoints qui font fonction, avant que Sylvain Durand ne tienne la mairie jusqu'en 1900 et que Constant Allouard ne traverse la Grande Guerre.
Au siècle suivant, Marcel Buard reste en poste jusqu'en 2001. Caroline Krier lui succède cette année-là ; elle a été réélue en mars 2026.
D'un moulin de moines à un château disparu, le village a gardé son église, son nom et sa vallée.
Retour au villageSources : Grégoire de Tours pour la première mention du nom ; tradition et archives locales pour la suite ; registres et tables décennales de la commune pour la liste des maires, où quelques dates restent incertaines. Certains épisodes du château relèvent de la rumeur et sont signalés comme tels.